LE CHEVAL BLANC : Histoire d’un lieu et d’une enseigne

L’enseigne du Cheval Blanc

Son enseigne existe depuis plus de cinq siècles, mais il n’a pas toujours été installé à son emplacement actuel, fait secondaire en vertu d’une règle essentielle pour ce type de commerce du Moyen Age à la fin de l’Ancien Régime : c’est l’enseigne, garante de la réputation qui seule compte alors, et peu importe qu’elle soit déplacée d’un point à l’autre de la ville, car elle se vend avec le droit d’exploiter.

Dès 1480, on trouve ainsi trace d’un « Logis du Cheval Blanc », situé dans la rue Sainte Eugénie. Le terme logis, très réglementé à l’époque est géré par les hôteliers qui y fournissent à la fois le coucher et les repas, avec nappe et assiette. En 1505, nous le retrouvons à proximité de la Trésorerie du Roi (l’actuel Hôtel de Ville), puis vers l’extrémité sud de la rue Régale (tronçon aujourd’hui nommé « Rue de la Violette »), selon le compoix (cadastre) de 1596.

L’enseigne déménagera vers le XVIIIe siècle à l’extérieur du rempart urbain de la rue Carreterie (actuelle rue Jean Reboul), entre les rues St François et Ste Ursule. Ce n’est qu’après la Révolution qu’on pense que l’enseigne a pris place à son emplacement actuel, en bordure de l’Amphithéâtre.

Le bâtiment

L’emplacement actuel se trouve sur une parcelle acquise par le négociant en soieries Jean Colomb auprès du sieur Devèze, vers la fin du XVIIe siècle (probablement un peu avant 1693). Sur ce terrain à vocation agricole, se trouvait alors une maison, et au termes d’importants travaux (de 1695 à 1707) on y trouvera un édifice qui semble à l’origine manufacturière (textile). Durant la révolution, la famille Colomb agrandit sa propriété en achetant une partie du « ci-devant » Second Couvent des Ursulines de Nîmes. Cet ensemble, qui abrite aujourd’hui la Banque de France et le Cheval Blanc, restera propriété de la famille Colomb jusqu’au début du XXe siècle.
L’Hôtel du Cheval Blanc sur la Place des Arènes

Il semble s’être installé dans l’ancienne fabrique Colomb seulement après la Révolution, mais aucun document ne permet de dater précisément ce changement d’affectation, les rubriques professionnelles n’apparaissant dans les annuaires du Gard que dans les années 1840. A compter de cette date, on sait que l’hôtel sera tenu durant un siècle par plusieurs gérants privés jusqu’à la famille Layalle qui le détient entre les années 1940 et 1980, date à laquelle il sera repris en partie par la Mairie de Nîmes.

Une renaissance mouvementée

Jean Bousquet, alors maire de Nîmes, veut offrir à sa cité un hôtel-restaurant digne d’elle : du luxe dans les chambres, des étoiles sur les tables. Mais plutôt que d’inciter un investisseur et un grand chef à s’intéresser au lieu, le patron de Cacharel municipalise le lieu (une acquisition pour plusieurs millions de francs accompagnée d’un loyer aux anciens propriétaires) et entreprend de l’aménager. Jean-Michel Wilmotte y développe un concept décoratif pendant que des chefs comme le Lozérien Patrick Pagès officiait en cuisine. Car dans le sillage d’une féria qui attire le tout-Paris, Jean Bousquet confie au bout du compte à Régine le ‘bébé’ avec ses 26 chambres ouvertes sur les arènes et divers salons et salles de restaurant. Mais la reine de la nuit n’arrive pas à faire coincider la culture parisienne et nîmoise. En 1993, alors que Thierry Marx a enfin donné du caractère à la cuisine, l’aventure s’achève par un flop retentissant et la vente, quelques mois plus tard, aux enchères de tout le matériel…

C’est en 2007, après treize ans de fermeture, que Le Cheval Blanc ouvre de nouveau ses portes, en temps que résidence trois étoiles, sous la direction du groupe Odalys City.